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Les mosi du Niger

4.1.9 Les mosi du niger
Sous le règne de Sonnī ˓Alī (1464-1492), nous avons les repères suivants:
1464-1465, avènement de Sonnī ˓Alī, guerre contre les Mosi commandés par
un « roi» nommé Komdao, défaite des Mosi, que les Songhay poursuivent
jusqu’en pays bambara (Bamanan), tandis que Komdao parvient à regagner
sa capitale, appelée Argouma ; 1470/1471-1471/1472, incursions songhay en
pays mosi sous la conduite de Sonnī ˓Alī, d’abord, puis sous celle du yikoy
Yate, destruction de Barkana, localité où réside le roi des Mosi et mort
d’un chef mosi auquel le Ta’rīkh al-Fattāsh donne le titre de tenga niama;
1477-1478, pénétration des Mosi en territoire songhay où ils demeurent
jusqu’en 1483-1484, prise de Sama, localité située entre le fleuve et Walata ;
1480, occupation de Walata par les Mosi après un siège d’un mois, puis retrait
des assaillants qui doivent abandonner leurs prisonniers aux habitants de la
ville; 1483-1484, bataille de Kobi ou de Djiniki-To’oi, intervenue après la
capture par les Songhay des membres de la maison du chef des Mosi et la
prise de son trésor de guerre. Les Mosi se replient vers leur pays, poursuivis
par les Songhay qui y pénètrent7
.
Que s’est-il passé entre le milieu du XIVe siècle, marqué notamment
par le raid contre Benka, et le milieu du siècle suivant, qui semble tout à
la fois marquer l’apogée de l’expansionnisme mosi, avec la prise de Walata,
et le début des revers? Sur cette nouvelle période d’un siècle, les sources
écrites sont muettes. Des événements qui remplissent la seconde moitié du
XVe siècle, on peut au moins tirer l’enseignement suivant: à l’avènement de
Sonnī ˓Alī, souverain de stature exceptionnelle, les Mosi représentent pour
l’empire songhay un danger tel que l’affermissement de la puissance songhay
a pour condition la destruction de l’adversaire. Sous le règne de Sonnī ˓Alī,
il n’est plus question d’expéditions ponctuelles des Mosi contre les villes de
la boucle, non plus que de ripostes défensives de la part des Songhay ; c’est
à une guerre longue et inexpiable que nous avons affaire, qui oppose deux
grandes puissances militaires hégémoniques. À la fin de son règne, Sonnī
˓Alī est victorieux, mais ses successeurs ne s’en tiendront pas à ce succès,
ils entreprendront de faire totalement disparaître l’État Mosi du Nord, qui,
5. Voir Al-Sa˓di, op.cit., pp. 45-46, sur Benka, et M. Katī, op.cit., pp.118, 173, 178, sur la prise de
Tombouctou par les Touareg.
6. J. Rouch, 1953, p.177.
7. Sur les Mosi de la boucle du Niger et Sonnī ˓Alī, voir M. Katī, op.cit., pp. 85-86, 88-89, et
M. Izard, 1970, pp. 38-44.
à l’avènement d’Askia Muḥammad, a perdu l’initiative mais n’a pas disparu
pour autant.
Les fragments des Ta’rīkh relatifs à l’histoire des Mosi du Nord au
XVIe siècle sont très pauvres en faits, mais ils nous livrent cependant une
indication capitale: avec Muḥammad (1493-1529) et ses successeurs, les
guerres songhay contre les Mosi sont désormais conduites au nom de l’islam,
les Mosi étant des «païens», comme les habitants du Gurma8
. En 1497-1498,
Muḥammad entreprend une expédition contre le pays mosi, où règne le « sultan»
Na’asira ; l’armée songhay est victorieuse, les Mosi ont de nombreux
tués, leurs femmes et leurs enfants sont emmenés en captivité, leur capitale
est détruite. Dawūd (1549-1582) fait la guerre aux Mosi l’année même de
son avènement, ensuite en 1561-1562, enfin vers 1575. L’expédition de
1561-1562 permet de situer avec précision la quasi-disparition de la puissance
mosi septentrionale, vieille, pour autant qu’on puisse en juger, de trois
siècles. Le Ta’rīkh al-Sūdān nous dit qu’à la suite de la seconde expédition de
Dawūd « le chef [des Mosi] abandonna le pays avec toutes ses troupes ». De
la troisième et dernière expédition menée sous le règne de Dawūd, celle de
1575 (?), le même Ta’rīkh dit laconiquement que les Songhay en reviennent
« sans avoir rien pillé », ce qui signifie sans doute qu’il n’y avait plus rien à
piller, que l’armée songhay avait pénétré dans un pays usé par la guerre et
vide d’habitants9
.
Ainsi, l’aspect fragmentaire de l’information sur laquelle nous sommes
réduits à nous appuyer n’interdit pas de donner à l’histoire des Mosi de la
boucle du Niger une trame relativement cohérente. Pendant plus de trois
siècles, une société militaire conquérante a lutté contre les Songhay en vue
de prendre le contrôle du fleuve après s’être assuré celui de l’intérieur et
a été finalement vaincue, l’antagonisme politique étant doublé, à compter
du règne de Mohammed, d’un antagonisme religieux. Sur l’identité de ces
Mosi et sur la localisation de leur pays, nous en sommes malheureusement à
ne pouvoir formuler que des hypothèses très vagues, et tout indique qu’en
l’absence de tout relais possible par la tradition orale nous n’en saurons
davantage que lorsque les investigations archéologiques nécessaires auront
été conduites.
D’après Boubou Hama, s’inspirant d’Aoudar, les Mosi, venus de
l’est, auraient fondé sur la rive gauche du Niger un État appelé Dyamare,
dont la dernière capitale fut Rozi, dans le Dallol Boso. L’État de Rozi aurait
maintenu son existence au long de cinq siècles, du VIIIe au XIIe siècle.
Vers le XIIe siècle, sans quitter la rive hawsa, les Mosi créèrent un second
Dyamare, ayant pour centre politique Mindji, Rozi ayant été abandonné
sous la pression des Berbères. Le second Dyamare n’eut qu’une existence
éphémère ; bientôt, à la suite d’une famine, les Mosi franchirent le fleuve
et s’établirent sur la rive gurma. Vainqueurs des populations locales, Gurmankyeba
et peut-être Kurumba, ils donnèrent naissance au troisième et
dernier Dyamare. Tant que nous ne disposerons pas du texte complet et
authentifié du Ta’rīkh de Say, nous ne pourrons exploiter scientifiquement
les données fournies par Boubou Hama, ni, notamment, juger de la validité
de certains repères chronologiques qu’il nous donne — ainsi cette date de
1132, qui correspondrait au passage du second au troisième Dyamare et qui
marque pour Tauxier11 le début du règne du za Baray, premier souverain
songhay à avoir été en lutte contre les Mosi d’après les Ta’rīkh classiques.

 

 

 

 

 

 

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