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Les ethnies golden coast

Article 3.1.30 Les ethnies, golden coast, afrique de l'ouest, afrique ancienne

Les Gā et les Dangme

Si on les examine objectivement, et sans succomber aux préjugés transmis

par des traditions orales déformées, les données archéologiques et ethnolinguistiques

relatives aux plaines d’ Accra indiquent que les Gā et les

 

19. J. R. Wallis, 1955.

20. F. B. Musonda, 1976.

21. A. B. Smith, 1975 ; C. T. Shaw, 1944.

22. T. Shaw, 1961.

536

L’AFRIQUE DU VIIe AU XIe SIÈCLE

 

 

Dangme ont probablement habité les plaines d’Accra pendant un à deux

millénaires23. En fait, on pourrait même aller jusqu’à supposer une évolution

gā-adangme autochtone dans les plaines d’Accra. Un certain nombre

de sites, tels que Gbegbe, Little Accra, Prampram et Lōlōvō (bien que non

datés encore), recèlent des ruines de zones de peuplement comprenant

un grand nombre de poteries non importées d’Europe, et, par conséquent,

datables d’une période antérieure à 1400. Il est vrai que les sites d’ Ayawaso,

de Great Accra, de Ladoku et de Shai datent de la période 1550 -1900, soit la

grande période de l’urbanisation, de la formation des États et des systèmes

commerciaux complexes (fig. 17.8). D’autre part, Ladoku et Shai étaient le

point de convergence d’un grand nombre de villages remontant à la période

600-1400, dont Cherekecherete, Adwuku, Tetedwa, Pianoyo et Hioweyo.

Les dernières recherches effectuées dans la région adangme des plaines

d’Accra indiquent qu’entre l’an 1000 et l’an 1300, les habitants adangme

de la région de Prampram, Dawhenya et Shai pratiquaient une économie

de subsistance (pastoralisme, pêche, extraction du sel, culture en terrasse

du sorgho blanc) et un système sociothéocratique qui devait entraîner une

23. La question de l’origine des Gā et des Dangme est controversée.

 

La théorie selon laquelle ils auraient émigré de la région du Dahomey et du Nigéria a été propagée par des anciens du pays

dangme, notamment par Carl Reindorf, Noa Akunor Aguae Azu, D. A. Puplampu, Nene Lomo

II d’Ada, S. S. Odonkor de Krobo et La Nimo Opta III de Doryumu, Shai. Cette opinion est

partagée par des érudits tels que Kropp-Dakubu, E. O. Apronti, Irene Odotei et Louis Wilson.

17.8. Les potiers shai dangme du site de l’âge du fer moyen de Cherekecherete, dans les plaines d’Accra

(Gold Coast), successeurs des peuples de l’âge du fer du VIIe au XIe siècle, fabriquaient des poteries décorées

de têtes d’animaux domestiques et d’êtres humains, modelées et stylisées. [Source : J. Anquandah.]

 

 

 

conurbation, soit le jumelage de Shai et de Ladoku en 1300 -1900, et une

civilisation caractérisée par le développement de la science herboriste, des

traditions musicales proverbiales et philosophiques du type klama et un

système monarchique et théocratique24.

Le pays des Ewe

Les recherches dans cette région se sont jusqu’à présent bornées à des travaux

de reconnaissance en surface dans des endroits comme Vume Dugame,

Bator, Amedzofe-Avatime, Wusuta et Akpafu. Certains de ces sites témoignent

de façon très évidente de l’existence de colonies de peuplement pratiquant

la métallurgie. Les traditions associées aux sites d’Akpafu, Wusuta

et Kanieme font état de la pratique de la métallurgie pendant des siècles,

et les vestiges archéologiques, bien que non datés, semblent confirmer ces

traditions.

 

 

Mais il existe de nombreux sites de la région de la Volta qui,

comme il a été noté plus haut, contiennent des microlithes, des haches en

pierre polie et des houes en pierre, ce qui semble indiquer que leur occupation

s’est poursuivie de façon continue jusqu’à l’époque moderne. Il n’y a

aucune raison de ne pas établir de lien entre les Ewe actuels et les vestiges

culturels de l’âge de fer et de la fin de l’âge de pierre qui se rencontrent

dans l’ensemble du pays ewe.

 

 

Établissements urbains anciens

Les données dont on dispose montrent qu’il existait au moins deux grands

types d’établissements urbains au Ghana actuel avant l’arrivée des Européens

: les centres commerciaux comme Begho et les capitales politiques

comme Bono Manso. Des établissements qui étaient essentiellement des

centres d’échanges se sont développés au confluent Tain-Volta pour une

large part grâce aux migrations et au commerce avec des régions lointaines.

Des recherches archéologiques ponctuelles ont mis à jour des vestiges

d’établissements de ce type, en particulier à Kitare, Begho, Bicu, Old Bima

et Buipe.

 

 

 

Il reste à étudier en détail l’évolution des groupes autochtones et d’immigrants

qui peuplaient ces sites en procédant à des fouilles systématiques.

Toutefois, les découvertes déjà faites à Jakpawuase, par exemple, semblent

indiquer qu’avant l’apparition des Manden cette région était relativement

peuplée et qu’on y trouvait de vastes agglomérations ainsi que des groupes

de communautés apparentées qui avaient constitué un réseau d’échanges

commerciaux locaux sans doute fondés sur le troc de denrées alimentaires et

de produits agricoles.

Les recherches effectuées à Begho ont fait apparaître que la localité

était essentiellement de culture brong avec des traces notables d’influences

extérieures. Selon Posnansky, des séries de tertres formant souvent des L

ou des carrés creux en leur milieu, d’un à deux mètres de haut et de vingt

mètres de large, en dessinent les quartiers. Le quartier le plus grand, celui

24. J. Anquandah, 1982.

538

L’AFRIQUE DU VIIe AU XIe SIÈCLE

 

 

des Brong, consiste en plusieurs centaines de tertres qui s’étendent sur plus

d’un kilomètre. Les quartiers sont séparés sur un à deux kilomètres par un

espace où affleure la latérite et qui devait être réservé au marché25.

Bima et Bofe étaient deux autres gros centres commerciaux de la même

région sans doute contemporains de Begho et qui devaient pour une large

part leur prospérité au commerce du Moyen-Niger. Avant de devenir une

ville, Begho (Bew) avait connu une phase agropastorale dont le début

remonte à 3 500 ans et groupé des sociétés numériquement importantes qui

utilisaient des outils du type néolithique kintampo. Des vestiges de poteries

en particulier donnent à penser qu’avant le milieu du IIe millénaire de l’ère

chrétienne (surtout aux XIe-XIIe siècles), les populations établies à proximité

de Begho (à l’époque préurbaine de Begho) appartenaient essentiellement

au groupe indigène des Bono.

 

 

Selon Posnansky, Begho était déjà un grand centre avant de commercer

avec les régions lointaines. Ses habitants exploitaient les terres fertiles dès

le IIe siècle de l’ère chrétienne et cultivaient l’ igname et le palmier à huile

auxquels sont venus s’ajouter par la suite le sorgho et le millet. Aux Brong

( Akan) des premiers temps se sont peu à peu intégrés des peuples de langue

voltaïque et de langue manden qui avaient des activités différentes26.

Begho a vraiment commencé à exister en tant que centre commercial au

XIe siècle mais n’a atteint son apogée qu’au XIVe siècle. Il semble qu’elle ait

alors compris jusqu’à cinq cents groupes d’habitations et cinq mille habitants.

Elle était constituée de cinq quartiers distincts, dont le plus grand, le quartier

brong, s’étalait sur nettement plus de 500 mètres. Les terres cultivées

s’étendaient bien au-delà.

 

 

Bien qu’hétérogène, la population de Begho était probablement en

majorité autochtone (Brong et Pantera). Sur la nature de cette société, on

n’a guère que les renseignements que peut fournir l’étude de la vie traditionnelle

des Akan aujourd’hui. La tradition veut qu’il y ait eu des esclaves

domestiques et un système de clans dynamique. Les objets trouvés dans les

tombes et les variantes des formes d’inhumation attestent la diversité des

comportements religieux.

 

Comme pour beaucoup d’autres établissements anciens, on ne sait pas

comment Bono Manso (à 16 kilomètres au nord de Takyiman) a été créée.

Selon la tradition orale, elle aurait été fondée vers le Ve siècle de l’ère chrétienne

par un groupe habitant autrefois le site troglodytique d’Amuowi.

Pour Effah-Gyamfi, l’expansion de Bono est due dans une large mesure à

l’intégration au sein d’un État unique de diverses chefferies qui existaient

déjà vers la fin du Ier millénaire27. Bono Manso n’était pas la première localité

importante de la région, mais elle fut la première à conquérir la suprématie

sur toutes les autres en tant que capitale du royaume bono. Bono possède

de riches gisements d’atwet weboo (nodules de latérite dont on extrait le fer).

 

Les recherches archéologiques ont permis en fait de découvrir au moins

25. M. Posnansky, 1973, p. 156 -162.

26. M. Posnansky, 1980.

27. K. Effah-Gyamfi, 1975.

LA ZONE GUINÉENNE : PEUPLES ENTRE MONT CAMEROUN ET CÔTE D’IVOIRE

539

 

 

cinq centres métallurgiques à peu près équidistante des cours d’eau et des

rivières. Ces sites datent, l’un du IVe siècle de l’ère chrétienne, et les autres

probablement de l’époque urbaine. Toutefois, comme celles d’ Amuowi, les

quelques poteries trouvées sur le site jugé le plus ancien sont identiques à

celles qui ont été mises au jour à Bono Manso dans les premiers gisements,

ce qui donne à penser que l’emplacement de Bono Manso était déjà occupé

avant la fondation de la capitale.

 

 

Bono Manso se trouvait aussi à la limite de la savane et de la forêt, ce qui

permettait d’échanger sur le plan régional les produits de l’un contre les produits

de l’autre. Pour le commerce international, cette localité était l’extrême

limite, au sud, que les bêtes de somme pouvaient atteindre sans dommage :

c’était par conséquent la zone d’échange des produits étrangers contre ceux

des régions du sud du Ghana. La région de Bono Manso produisait, outre l’or

alluvionnaire très recherché par les commerçants mande, des noix de kola.

On n’a pas comme à Begho trouvé trace d’un quartier étranger, ce qui signifie

que la population de Bono était plus homogène ethniquement. A Bono, le

pouvoir central régissait aussi les activités commerciales alors qu’à Begho, le

commerce semble avoir échappé au politique.

 

 

Effah-Gyamfi déduit de l’examen des poteries que Bono Manso était

peut-être un des premiers établissements akan. Selon lui, la région de Bono

Manso aurait pu se trouver à la frontière entre le premier groupe de culture

akan pure du Sud, les premiers non- Akan et les Akan mélangés du Nord

et du Nord-Ouest respectivement28. Cela, joint aux données linguistiques,

montrerait la continuité d’un grand nombre de groupes ethnoculturels pendant

les cinq cents dernières années.

 

 

 

Article 3.1.30 Le pays yoruba entre 600 et 1100, afrique de l'ouest, afrique ancienne

Dans le pays yoruba, les fouilles archéologiques se sont à ce jour limitées à

Ife et à Oyo et seule l’Ife urbaine remonte à la période qui nous intéresse.

Les découvertes archéologiques confirmées par la tradition orale indiquent

qu’il y a eu trois grandes phases dans la vie d’Ife ; elles sont évoquées assez

précisément par Ozanne29.

A en juger par les résultats des fouilles et des études ethnographiques

faites à Ife et à Oyo, la ville yoruba traditionnelle comprenait apparemment

plusieurs groupes d’habitations construites autour de cours de tailles différentes

où se trouvaient habituellement des poteries destinées à recueillir

l’eau tombant des toits. Il y avait toutefois entre les diverses villes des

différences sensibles de caractère (fondamentalement historique et écologique)

qui, si l’hypothèse de Johnson est exacte, pourraient dans certains

cas s’expliquer par le mode de croissance. Selon lui, Ife est le type même

28. Ibid.

29. P. Ozanne, 1969.

540

L’AFRIQUE DU VIIe AU XIe SIÈCLE

de la ville à développement progressif. Elle a commencé par être entourée

d’une enceinte unique au-delà de laquelle s’étendaient les terres agricoles

qui n’étaient protégées que par une igbo-ile, ceinture de forêt dense vierge

de toute construction à l’exception de quelques sépultures ; puis, lorsqu’elle

est devenue suffisamment importante pour risquer d’être l’objet d’un siège

prolongé, elle a été dotée d’une enceinte défensive extérieure englobant les

terres agricoles30.

Plusieurs historiens estiment que l’un des principaux facteurs de l’expansion

des sociétés urbaines et politiques a sans doute été l’institution de

royautés divines. Wheatley affirme en outre que l’instauration de ces royautés

était due à des influences extérieures et non à un transfert du pouvoir au

sein de la société yoruba31. Bien qu’on ne sache pas avec précision comment

elles ont essaimé, on considère qu’elles ont sans doute fortement contribué

à l’urbanisation. Le même spécialiste, toutefois, admet que les villes yoruba

seraient une création spontanée et non autoritaire, qu’elles résulteraient d’un

processus organique de stratification sociale interne et non de l’adoption de

structures symboliques et politiques empruntées à l’extérieur. Seule une

étude archéologique systématique des sites appropriés de la région permettrait

de vérifier cette théorie. Quoi qu’il en soit, les régimes politiques dans le

développement desquels la notion de royauté divine a joué un rôle important

sont ceux de Benin et de Nri.

Aux yeux d’Allison, il y a un lien entre les sculptures en pierre du pays

yoruba et l’ art classique d’Ife, encore que le style de ces sculptures diffère

de celui des objets en laiton et en terre cuite d’Ife. On les trouve jusqu’à

100 kilomètres d’Ife dans la forêt yoruba centrale et à Esie, à 90 kilomètres

environ au nord d’Ife, au bord de la forêt, notamment dans deux villages

situés maintenant dans la savane où l’on compte au moins neuf sites32.

Dans les bosquets sacrés d’Ife, entre l’enceinte extérieure et l’enceinte

intérieure, on trouve des statues de granit ou de gneiss local de style naturaliste

qui représentent des personnages de type négroïde. Les plus intéressantes

sont les deux statues connues sous les noms d’ Idena et d’ Ore. Une

troisième statue en stéatite représente une femme agenouillée à l’écart dans

un bosquet voisin. Elles sont d’un style généralement comparable à celui de

certaines sculptures en bois yoruba modernes. Divers autres objets en pierre

sont groupés autour des deux figures de granit et dans d’autres clairières du

bosquet d’Ore.

 

 

 

Article 3.1.31 Benin, afrique ancienne, les fouilles

Les fouilles entreprises par Connah ont montré que les murs de Benin

sont un entrelacs de terrassements linéaires servant de délimitation et non

de fortification40. Elles donnent également à penser qu’à l’instar d’Ife,

la ville de Benin aurait pu être à l’origine un agrégat de petits groupes

vivant à proximité les uns des autres dans les clairières de la forêt. Chacun

de ces groupes jurait allégeance à l’oba ; il conservait néanmoins ses propres

terres ceintes d’un talus et d’un fossé. Benin était entourée par une

enceinte intérieure et une enceinte extérieure plus ancienne. Les fouilles

indiquent que l’enceinte intérieure a été construite seulement au XIVe

siècle et plus probablement au milieu du XVe siècle. Les coupes révèlent

qu’elle remplaçait d’autres structures et traversait d’autres terrassements

antérieurs41

 

 

 

Article 3.1.32 Igbo-Ukwu et le « royaume » nri, afrique de l'ouest, afrique ancienne et les bronzes

Les premiers bronzes nigérians ont été découverts dans le pays igbo à l’est

du Niger. Au cours de fouilles systématiques, une centaine de bronze d’aspects

différents ont été mis au jour à Igbo-Ukwu, petite ville du nord du

pays igbo, au sud-est du Nigéria et à Ezira, à 24 kilomètres à l’est d’Igbo-

Ukwu51.

 

On a notamment trouvé à Igbo-Ukwu et à Ezira des bronzes striés, divers

objets comme des cannes à pommeau sculpté en forme de tête, des figurines

humaines striées portant des bracelets de cheville, des défenses d’éléphant et

des statuettes en bronze représentant des mouches, des scarabées, des oeufs

de sauterelles (criquets ?), des têtes d’animaux (léopards, éléphants, béliers

et singes), des escargots et des pythons. Il y avait des milliers de fragments de

poteries, quelques pièces entières et une chambre mortuaire dont l’occupant

était enterré en position assise au milieu de riches offrandes, en particulier

des perles.

 

La plupart des bronzes d’Igbo-Ukwu sont de petite taille, à l’exception

de certains récipients de 40 centimètres environ de diamètre ; seuls quelquesuns

représentent des êtres humains : une tête à double face, un pendentif

en forme de visage, une statuette équestre et les figures ornant le devant

de deux autels.

 

 

 

Article 3.1.33 Les akwanshi, l'ethnie afrique du nord à afrique de l'ouest afrique ancienne

Dans la partie septentrionale de la vallée du fleuve Cross, à environ 500

kilomètres à l’est d’Ife, on trouve les traces d’un patrimoine artistique unique

en son genre, des sculptures de pierres dures. Ces sculptures connues

sous le nom d’akwanshi paraissent être l’oeuvre d’ancêtres d’un groupe restreint

de Bantu Ekoi vivant dans le Nord, à savoir les Nta, Nselle, Nnam,

Abanyom et Akagu.

 

S’il est vrai que dans les endroits d’Afrique de l’Ouest où existent des

roches appropriées, des blocs et des éclats de roche naturels ont souvent

été considérés comme des objets de culte, il n’en demeure pas moins qu’à

l’exception d’une demi-douzaine de cas en pays yoruba, la sculpture anthropomorphe

de pierres dures est limitée à une petite région de moins de 1 000

kilomètres carrés sur la rive droite du cours moyen du fleuve Cross. Cette

région se trouve dans l’angle ouvert formé par le fleuve Cross et l’un de ses

affluents, l’ Ewayon. C’est là qu’en 1961 et 1962, Allison a répertorié deux

cent quatre-vingt-quinze pierres façonnées de manière plus ou moins recherchée

et de facture anthropomorphe. Des amas de petites pierres sculptées,

généralement de forme cylindrique ou elliptique, ont également été découverts

en certains lieux d’implantation présents et passés dans la région67.

 

Allison a découvert les pierres sculptées dans trente-six sites principaux

sur des terres occupées par six sous-groupes ethniques ekoi autrefois autonomes,

et dans neuf autres sites où seize pierres ont été découvertes, soit

séparément, soit par groupes de deux.

 

Les groupes les plus nombreux et aussi les plus raffinés et les plus originaux

ont été recueillis sur les terres des Nta (50 pierres), des Nselle (90)

et des Nnam (94). On a également trouvé vingt-deux pierres dans trois sites

du pays abanyom et dix-neuf pierres dans trois sites du pays akagu, mais le

travail est de qualité inférieure et le style sans originalité. Les pierres nta,

nnam et les plus belles des pierres nselle sont sculptées dans du basalte. Les

pierres abanyom et akagu sont sculptées dans un calcaire coquilleux ; quelques

sculptures de calcaire ont également été découvertes dans des villages

occupés autrefois par des Nselle. Le calcaire est probablement plus facile

à travailler mais il présente un aspect extérieur rugueux et résiste mal aux

intempéries.

 

Les Nta et les Nselle désignent leurs pierres sous le nom d’akwanshi, ce

qui signifie « le mort enterré », alors que les Nnam et les autres peuples les

désignent simplement sous le nom d’atar, « pierres », ou d’ataptal, « longues

66. N. C. Neaher, 1979.

67. Voir p. Allison, 1968, 1976.

LA ZONE GUINÉENNE : PEUPLES ENTRE MONT CAMEROUN ET CÔTE D’IVOIRE

559

pierres ».

 

A l’heure actuelle, on distingue trois principaux styles : le style

nta est caractérisé par une figure cylindrique et l’existence d’un sillon

bien marqué entre la tête et le corps ; les Nnam choisissaient des blocs de

grande taille et couvraient leur surface de décorations abondantes et bien

exécutées ; les Nselle ont un style qui se rapproche de celui des Nta mais

ils produisent parfois des sculptures d’une grande originalité. Il est possible

également que ces styles aient une signification sur le plan chronologique.

Les peuples de culture akwanshi (y compris les Nde) emploient des

formes distinctes, mais apparentées, d’une langue ekoi-bantu68. A l’époque

qui a immédiatement précédé la colonisation, ils étaient divisés en deux

factions antagonistes qui éprouvent encore de l’hostilité l’une à l’égard de

l’autre. Dans des temps ethnographiques récents, les affaires de chaque

communauté étaient dirigées par les anciens sous les ordres desquels les

hommes jeunes étaient organisés en compagnies par classes d’âge.

 

Il y avait aussi des ntoon ou chefs prêtres, dont les fonctions à l’époque récente

étaient principalement religieuses et cérémonielles. Les pouvoirs du ntoon

s’étendaient d’un seul village à l’ensemble du sous-groupe.

 

 

 

Article 3.1.34 Commerce primitif, afrique de l'ouest, afrique du V e siecle au Xi eme siecle

Cette section examine le degré de développement atteint par les populations

de cette région, notamment en ce qui concerne les célèbres sculptures

en terre cuite et en alliage de cuivre — qu’on fait généralement remonter

au Moyen Age —, les villes et les campagnes ainsi que les systèmes sociopolitiques

dans lesquels cet art s’est développé. Si les questions sont assez

précises, il n’en va malheureusement pas de même des réponses que nous

fournissent nos diverses sources.

 

Comme on l’a vu plus haut, la plupart des Akan, des Ewe et des

Gã-Adangme, les Yoruba, les Edo, les Igbo et autres groupes apparentés,

tels qu’on les connaît aujourd’hui, occupaient déjà aux XIe-XIIe siècles à

peu près les mêmes régions de basse Guinée qu’aujourd’hui, et sans doute

depuis longtemps. Les Yoruba, notamment, étaient déjà des citadins,

comme en témoignent les résultats des fouilles effectuées dans des villes

telles qu’Ife, Old Oyo et Ilesha69. Les Edo l’étaient aussi, ainsi que

le montrent les fouilles de Benin. D’autres, comme les Igbo-Ukwu au

Nigéria et les Bono Manso au Ghana, ont instauré des systèmes politiques

complexes.

 

Ces villes se distinguaient des autres agglomérations par leur taille relative,

leur composition, leur organisation sociale, leur structuration et leurs

fonctions. Elles étaient beaucoup plus fortement structurées autour d’un

noyau central et plus peuplées. Avec le temps, elles en vinrent à posséder

divers artisans spécialisés, occupés à plein temps ou presque à produire des

biens qui n’étaient pas uniquement destinés à la consommation locale. La

pratique de diverses industries, telles que le travail des métaux, la fabrication

de perles et la teinture, devint bientôt une caractéristique de bien des

villes d’Afrique occidentale. Nombre d’entre elles avaient de grands marchés

occupant une position stratégique et disposés à intervalles rapprochés

en fonction des ressources qui en faisaient la prospérité.

69. P. Ozanne, 1969.

 

LA ZONE GUINÉENNE : PEUPLES ENTRE MONT CAMEROUN ET CÔTE D’IVOIRE

561

 

De nombreuses villes d’Afrique de l’Ouest situées dans la zone forestière,

la savane soudanienne ou la steppe sahélienne (par exemple Ife, Benin,

Ushongo, Idah, Ugurugu au Nigéria ; Notse au Togo) avaient des murs ou

des fossés défensifs qui instauraient une frontière matérielle entre la ville

et la campagne. La taille et la complexité du système social, économique et

politique de certaines villes provoquèrent vite des clivages divers dans leur

population. Celle des villages était plus homogène, formant une communauté

agraire autour d’un chef unique assisté d’un conseil.

 

Le fait que ces peuples étaient parvenus à un seuil critique de connaissances

techniques permettant de faire subsister une population dense et

avaient atteint en matière d’organisation économique les niveaux de spécialisation

fonctionnelle décrits plus haut a dû favoriser l’instauration de

divers courants d’échanges commerciaux à longue distance. Du point de

vue archéologique, ce qu’il est probablement intéressant d’établir, ce n’est

pas tant la valeur d’échange de telle ou telle marchandise ni l’existence de

contacts commerciaux directs ou d’échanges peu structurés que la localisation

de la production et le caractère des lieux où elle est attestée (c’est-à-dire

l’analyse des lieux).

 

Dans beaucoup de communautés agraires primitives d’Afrique de

l’Ouest, des haches en pierre polie (appelée nyame akume au Ghana) étaient

commercialisées à des centaines de kilomètres à la ronde. Des haches de

pierre verte de la série Bibiani ont été trouvées dans une grande partie du

sud du Ghana. Les râpes en pierre de la culture kintampo, qui a livré les

plus anciennes traces de pratiques agricoles au Ghana autour de – 1500,

étaient faites de marne dolomitique manifestement acheminée sur de longues

distances, puisqu’on la trouve aussi bien dans les plaines d’Accra que

dans le nord du Ghana70. A Kumasi, Nunoo a découvert une « fabrique » de

haches en pierre sur les berges du Buruboro et du Wiwi71. Comme principaux

témoignages de cette activité, on trouve des ébauches de hache de pierre et

les stries laissées dans la roche d’affleurement par les opérations de meulage

et de polissage. Le rayon de distribution de ces haches n’a pas encore été

déterminé.

 

A Rim, près d’ Ouahigouya au Burkina Faso, on trouve des emplacements

de « fabriques » de haches remontant à la dernière période du Néolithique/

âge du fer ; le site semble avoir été un centre important, fournisseur de

régions où la matière première faisait défaut72.

De toute façon, la découverte de râpes ou de haches en roche verte à

des endroits extrêmement éloignés milite plus en faveur d’un commerce à

longue distance que d’un réseau d’échanges local.

Il existe aussi, datant de l’âge du fer, des traces d’un commerce local

de poteries au Ghana, mis en évidence par la présence, dans le fond archéologique,

de poteries d’argile étrangères à la région où les objets ont été

découverts. York a indiqué que plusieurs des remarquables poteries trouvées

 

70. C. Flight, 1967.

71. R. B. Nunoo, 1969.

72. B. W. Andah, 1973.

562

L’AFRIQUE DU VIIe AU XIe SIÈCLE

 

à New Buipe étaient faites d’argile provenant d’un rayon d’une centaine

de kilomètres autour du site. C’est le cas d’une poterie contenant une pâte

micacée qui a été trouvée à Begho73. Priddy a même fait état de distances plus

importantes, citant l’exemple d’objets originaires des hautes terres du Ghana

importés dans la région septentrionale où peu de poteries étaient fabriquées

localement74.

 

L’importance de ce commerce n’est peut-être pas seulement

de témoigner de contacts entre cultures au niveau régional ; il démontre aussi

que très peu de sociétés agricoles vivaient en autarcie complète. Selon cet

auteur, le début du commerce à longue distance en Afrique de l’Ouest est

inextricablement lié à l’exploitation des métaux et des gisements d’argile et

de pierre susmentionnés. En fait, il semble raisonnable de supposer l’existence,

dès les premiers temps de l’âge du fer, d’un réseau d’échanges commerciaux

lointains, vaste et complexe, rayonnant à partir de quelques points

centraux situés dans les diverses zones écologiques et reliant, d’une part, les

populations côtières et les communautés agricoles de l’intérieur et, d’autre

part, les populations du Sud et les communautés pastorales du Nord...

 

 

 

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