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Afrique du Nord - du 5eme au 11eme siecle

3.1.5 Le monde islamique et l’Afrique, afrique du Ve siecle aux Xiesiecle

Voyons à présent quel fut l’impact du monde musulman et de sa civilisation

sur l’Afrique et sur les peuples africains. Nous traiterons dans un premier

temps des régions du continent africain qui se trouvèrent assimilées à l’Empire

musulman à l’issue de la première vague de conquêtes, c’est-à-dire

l’Égypte et l’Afrique du Nord, avant de nous intéresser aux régions qui ont,

d’une manière ou d’une autre, subi l’influence de l’Islam ou des peuples

musulmans sans avoir été politiquement rattachées à aucun des grands États

islamiques de l’époque.

 

L’histoire de l’Égypte islamique entre le VIIe siècle et la fin du XIe

siècle est celle, fascinante, d’une province importante mais assez reculée

du califat devenant le centre du puissant empire des Fatimides, simple grenier

à l’origine puis principal entrepôt commercial entre la Méditerranée et

l’océan Indien, sorte de parent pauvre du monde musulman sur le plan des

activités intellectuelles devenant l’un des plus grands centres culturels arabes.

L’Égypte a influé à maintes reprises sur les destinées d’autres parties

de l’Afrique ; elle a été le point de départ de la conquête arabe du Maghreb

du VIIe siècle, puis de l’invasion hilālī du XIe siècle. La première eut pour

effet d’islamiser l’Afrique du Nord, et la seconde de l’arabiser.

 

Ce fut à partir de l’Égypte que les Bédouins arabes entamèrent leur mouvement

vers le sud et pénétrèrent progressivement en Nubie, ouvrant ainsi la voie

au déclin de ses royaumes chrétiens et à l’arabisation du Soudan nilotique.

 

Bien que l’ Égypte ait cessé pendant cette période d’être une terre

chrétienne et que la majorité de sa population se soit convertie à l’islam,

le patriarcat d’ Alexandrie continuait de contrôler les églises monophysites

de Nubie et d’ Éthiopie et fut par moments l’instrument de la politique

égyptienne dans ces pays.

 

 

Il ne faut pas non plus perdre de vue le fait que l’Égypte était la destination

finale d’un grand nombre d’esclaves noirs d’Afrique qui furent importés

de Nubie (selon le célèbre traité [ baḳt]), d’Éthiopie et du Soudan occidental

et central. Parmi cette malheureuse marchandise humaine, il se trouva un

certain Kāfūr qui finit par devenir le véritable chef du pays. D’autres, par

milliers, devinrent des militaires, exerçant une influence considérable en

matière de politique intérieure. Cependant, le plus grand nombre d’entre

eux furent employés à diverses tâches modestes ou subalternes.

 

 

Il faudra attendre les XIIe et XIIIe siècles pour que l’Égypte joue véritablement

un rôle de premier plan en se posant en champion de l’islam face

aux croisés occidentaux et aux envahisseurs mongols, mais elle n’aurait pu le

faire sans la consolidation politique et économique des siècles précédents.

Au Maghreb, les conquérants arabes se heurtèrent à la résistance opiniâtre

des Berbères et ne parvinrent à soumettre les principales régions qu’à la

fin du VIIe siècle. La plupart des Berbères se convertirent alors à l’islam et,

malgré le ressentiment que leur inspirait la domination politique arabe, ils

devinrent d’ardents partisans de la nouvelle foi, qu’ils contribuèrent à propager

de l’autre côté du détroit de Gibraltar et au-delà du Sahara. Les guerriers

berbères formaient le gros des armées musulmanes qui conquirent l’ Espagne

sous les Umayyades, comme des troupes aghlabides qui arrachèrent la Sicile

aux Byzantins et des forces fatimides qui menèrent des campagnes victorieuses

en Égypte et en Syrie.

 

 

L’Afrique du Nord occupait une position clé dans le monde musulman,

au plan politique et économique. C’est du Maghreb que fut lancée

la conquête de l’Espagne et de la Sicile, dont on sait les répercussions sur

l’histoire de la Méditerranée occidentale et de l’Europe.

 

 

Le Maghreb a été un maillon important entre plusieurs civilisations et le

relais d’influences diverses circulant dans les deux sens. Sous la domination

musulmane, cette région de l’Afrique se trouva à nouveau rattachée à une

économie d’importance mondiale, dans l’orbite de laquelle elle joua un rôle

de premier plan. Au cours de la période étudiée, elle connut une nouvelle

croissance démographique, une urbanisation considérable et un regain de

prospérité économique et sociale.

 

Du point de vue religieux, les Berbères ont exercé une double influence.

Tout d’abord, leurs traditions démocratiques et égalitaires les ont poussés

très tôt à adhérer à celles des sectes de l’islam qui prêchaient ces principes.

Bien que le kharidjisme berbère ait été écrasé après s’être épanoui pendant

plusieurs siècles et qu’il n’ait survécu que dans quelques communautés,

l’esprit de réforme et de populisme est demeuré partie intégrante de l’islam

maghrébin, comme en témoignent les grands mouvements des Almoravides

et des Almohades ainsi que la multiplication des confréries soufies.

 

 

L’AFRIQUE DU VIIe AU XIe SIÈCLE

La seconde grande contribution des Berbères — à l’Islam, mais aussi à

l’Afrique — fut d’introduire la religion musulmane au sud du Sahara. Les

caravanes de commerçants berbères qui traversaient le grand désert en direction

des régions plus fertiles du Sahel et du Soudan ne transportaient pas

seulement des marchandises : elles propageaient de nouvelles conceptions

religieuses et culturelles qui trouvèrent un écho au sein de la classe des

marchands avant de séduire les cours des souverains africains2. Une seconde

vague d’islamisation de la ceinture soudanaise devait se produire au XIe

siècle avec l’essor des Almoravides, mouvement religieux authentiquement

berbère. L’influence de l’islam berbère et de ses aspirations réformistes ne

disparut jamais au Soudan : elle devait resurgir avec une force particulière au

moment des djihād du XIXe siècle.

 

 

 

3.1.6 Le commerce chinois, afrique ancienne

 

Voyons à présent ce qu’il en fut des autres nations. Nous nous intéresserons

en premier à la Chine, pour la raison principale qu’un certain nombre de

travaux très complets ont déjà été consacrés aux activités des Chinois dans

l’océan Indien et à leurs contacts avec l’Afrique19. Dans l’Antiquité et au

Moyen Age, les relations entre la Chine et les autres grandes régions de

l’Ancien Monde — l’Inde, l’Asie occidentale et le bassin méditerranéen —

étaient presque totalement fondées sur l’exportation — de la soie essentiellement

et, plus tard, de la porcelaine.

 

Bien que les Chinois aient possédé le savoir et les moyens techniques

requis pour entreprendre de longs voyages sur l’océan Indien dès l’époque

de la dynastie des Tang (618 -906), leurs navires marchands ne s’aventurèrent

pas au-delà de la péninsule malaise. Cette absence des Chinois de l’océan

Indien s’explique par des raisons d’ordre culturel et institutionnel20. Au cours

des siècles qui ont immédiatement précédé l’essor de l’Islam, l’île de Ceylan

(aujourd’hui Sri Lanka) était le principal entrepôt commercial entre la Chine

et l’Asie occidentale. Les navires du royaume de Champa ou des États indonésiens allaient aussi loin à l’ouest que Ceylan ; au-delà, le commerce avec

l’Occident était entre les mains des Persans et des Axumites.

 

 

Les Chinois ne connaissaient l’océan Indien que par les récits des Indiens,

des Persans et, plus tard, des intermédiaires arabes. Ils semblent avoir ignoré

qu’un autre continent existait par-delà l’océan. Les descriptions fragmentaires

de l’Afrique et des Africains qui se rencontrent dans la littérature chinoise

semblent reprises de récits de musulmans. Les Chinois furent donc amenés

à considérer les Africains comme des sujets des souverains musulmans, et

leurs contrées comme une partie de l’Empire arabe21. Il leur était facile de

se procurer les produits africains qu’ils désiraient et appréciaient auprès des

marchands étrangers qui se rendaient dans les ports chinois sur leurs propres

navires.

 

Parmi les produits d’Afrique parvenus jusqu’en Chine, les plus importants

étaient l’ ivoire, l’ambre gris, l’ encens et la myrrhe, ainsi que les

esclaves zandj22. Dans son fameux récit de l’attaque de Ḳanbalū (Pemba)

par le peuple des Wāḳ-Wāḳ en 334/945 -946, Ibn Lākīs rapporte que les

Chinois étaient aussi acquéreurs de carapaces de tortue et de peaux de

panthère23.

 

On a cru un moment que l’histoire de l’Afrique orientale pourrait être

reconstituée à partir des porcelaines chinoises24. De fait, une énorme quantité

de porcelaines chinoises ont été mises au jour dans les villes côtières

de l’Afrique orientale, ce qui donne à penser qu’elles constituaient une

part importante des exportations chinoises en Afrique. Des éclats rappelant

étroitement ceux de la côte orientale ont également été découverts en

Somalie et dans le sud de l’Arabie.

 

Toute la partie occidentale de l’océan Indien peut donc être considérée comme une aire homogène en ce qui

concerne ce type d’exportations25. Toutefois, ces porcelaines chinoises sont

pratiquement toutes postérieures au XIe siècle.

 

Il en va de même des pièces de monnaie chinoises découvertes sur la côte. Les éléments dont nous disposons

suggèrent donc que si la Chine a depuis des temps anciens importé

des marchandises africaines, elle n’a elle-même exporté ses produits en

grande quantité qu’après le XIe siècle. Comme il a déjà été dit, les échanges

entre la Chine et l’Afrique ne se faisaient pas à travers des contacts directs,

mais passaient par le réseau commercial mis en place dans l’océan Indien

par les musulmans.

 

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