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Afrique Orientale histoire avant le 7eme siecle

2.1.61 Afrique orientale avant le 7eme siècle

Il est plus aisé de connaître la situation, en Afrique orientale, des peuples

et des sociétés après + 100 que pour les périodes plus anciennes. Pour

ces dernières, beaucoup de recherches sont en cours, dont les résultats

amènent à modifier, au fur et à mesure, tout ou partie des conclusions

antérieures.

L’enquête sur les deux millénaires (– 1000 à + 1000) est difficile. Elle

réclame des méthodes très affinées et une grande quantité d’informations

que l’archéologie est loin d’avoir, aujourd’hui, toutes rassemblées.

L’étude qui suit est donc, sur plus d’un point, conjecturale, hypothétique,

voire « provocante », et a pour but de stimuler la réflexion et la recherche.

La méthode à laquelle on aura recours pour aborder l’histoire ancienne

de l’Afrique de l’Est sera essentiellement culturelle ; nous tenterons de

recréer le ou les modes de vie autant que pourront le permettre l’ensemble

des témoignages archéologiques, anthropologiques et linguistiques. Nous

aurons fréquemment recours aux groupes linguistiques. Il se peut qu’ils

soient, en soi, moins importants que des considérations culturelles et économiques

plus larges. Néanmoins, le langage est un élément de la culture

et de l’histoire, un élément transmis (malgré d’incessantes modifications)

de génération en génération dans une même communauté ; c’est un moyen

grâce auquel les populations s’identifient clairement en tant que groupes et

se distinguent les unes des autres. (Ces « autres » peuvent être considérés

comme apparentés, d’une certaine manière, pour peu que les langues soient

partiellement comprises, ou qu’elles présentent certains traits communs ; ou

inversement, s’il n’est aucune parenté évidente, ils peuvent être considérés

comme complètement étrangers.) C’est en grande partie pour ces raisons

que les définitions linguistiques et les classifications des populations offrent

généralement aux anthropologues et aux historiens un maximum de clarté

et de commodité. Celles dont il est question dans ce chapitre sont précisées

dans la carte et le tableau qu’on trouvera ci-contre. Elles s’inspirent généralement

du schéma reproduit dans Zamani1, fondé sur la classification des

langues africaines de Greenberg.

 

 

 

2.1.62 la civilisation de la chasse, Savane australe Afrique australe

La civilisation de la chasse

dans la savane australe

D’un bout à l’autre des savanes et de la forêt claire qui recouvrent la plus

grande partie de l’Afrique à l’est et au sud de la grande forêt équatoriale,

la population, pendant de nombreux millénaires avant l’Age du fer, était

essentiellement constituée de chasseurs-collecteurs, utilisant l’arc, la flèche

et les techniques avancées du travail de la pierre (principalement celles de

la grande culture « wiltonienne » des archéologues — voir volume I). Ces

populations appartenaient généralement à un type dont les descendants

sont, de nos jours, les Khoi Khoi et les San, qui habitent le Kalahari et ses

alentours. Leur langue se classerait parmi celles de la famille khoisane,

qui se distingue par ses « clicks ». Actuellement ces langues se limitent

aux Khoi et aux San de l’Afrique du Sud et du Sud-Ouest, ainsi qu’à deux

petits groupes indépendants de l’Afrique orientale, vivant dans le nord de la

Tanzanie centrale, les Sandawé et les Hadza2.

Les Hadza en sont restés au stade de la cueillette et de la chasse. Peu

nombreux, doués d’une mobilité relative, ils sont experts dans l’art de repérer

et de se procurer les ressources alimentaires sauvages existant sur leur

territoire3. Depuis quelque temps, les Sandawé cultivent la terre et élèvent

des chèvres et du gros bétail ; mais ils gardent un attachement culturel pour

la brousse et conservent un sens instinctif de ses possibilités. Par leur type

physique général, ces deux « tribus » sont noires.

Toutefois, certains spécialistes estiment avoir retrouvé chez les Sandawé,

et peut-être aussi chez les Hadza, des traces d’une autre ascendance ;

un métissage avec les populations noires voisines expliquerait un glissement

dans cette dernière direction.

Il est non moins intéressant de noter que, contrairement au reste de

l’Afrique orientale, le territoire des Hadza et des Sandawé, de même que

celui qui les sépare, offre de nombreux spécimens de peintures rupestres.

 

 

 

 

2.1.63 civilisation aquatique, afrique moyenne

La civilisation aquatique

de l’Afrique moyenne

Cette question si longtemps méconnue a été examinée dans le précédent

volume de cette Histoire 5. Il suffit donc ici d’étudier l’évolution finale de

cet intéressant mode de vie.

Vers – 5000, le climat était devenu sensiblement plus sec. Alimentées

par des rivières moins nombreuses et de moindre débit, les eaux des lacs

étaient descendues très au-dessous des cotes maximales antérieures. Ainsi

 

afrique ancienne

la continuité géographique et, par endroits, les fondements économiques

du mode de vie aquatique étaient-ils menacés. Les jours de son hégémonie

culturelle étaient révolus. Cependant aux alentours de – 3000, le climat

redevint pour un temps humide et, par voie de conséquence, les niveaux

des lacs recommencèrent à monter (sans atteindre, toutefois, les cotes du

VIIIe millénaire).

 

Au Kenya, dans la Rift Valley orientale, il y eut, à cette

époque, une résurrection d’une culture aquatique modifiée sans doute

par suite de nouvelles migrations, de nouveaux contacts avec le Moyen et

le Haut-Nil. On a découvert, au-dessus des lacs Rodolphe et Nakuru, des

vestiges de cette phase aquatique récente. Ils comprennent des poteries de

style original et des bols de pierre peu profonds. Ils semblent généralement

dater de – 3000. Malgré l’absence apparente de harpons dans les sites de

cette période, il paraît certain que les populations s’adonnaient à la pêche.

Mais il est vraisemblable que le régime était moins résolument aquatique

que lors de la phase principale antérieure de quelque trois à cinq mille ans.

Vers – 2000, parallèlement au retour de la tendance à l’aridité, les possibilités

d’une culture aquatique furent définitivement anéanties dans la plus grande

partie de la Rift Valley orientale.

 

Il semble que la population de cette dernière phase aquatique ait été,

elle aussi, fondamentalement noire. Nous manquons de données indiscutables

sur sa langue. Mais il est raisonnable de penser qu’elle appartenait à

l’une ou l’autre des branches de la famille Chari-Nil (branche orientale du

Nilo-Saharien).

 

On s’attendrait à ce que la grande civilisation aquatique, qu’il s’agisse

de la phase principale (entre – 8000 et – 5000) ou de son renouveau (aux

environs de – 3000), se retrouve le long des rivières et des marais du bassin

du Haut-Nil, en particulier sur les rives du plus grand lac de l’Afrique

orientale, le Victoria Nyanza. Curieusement, les vestiges semblent manquer

pour les millénaires en question.

 

Cependant, au cours du premier millénaire

avant notre ère, des hommes ont campé sur les îles et dans des abris sous

roche ou en rase campagne sur les bords du lac et des rivières de la région.

Ils se nourrissaient de poissons et de mollusques, mais aussi de gibier de la

brousse et peut-être de bovins et de moutons. On ne sait si certains d’entre

eux cultivaient la terre ; mais on a observé des traces intéressantes de coupes

effectuées à l’époque dans la forêt entourant le lac Victoria, ce qui indique

tout au moins une forme nouvelle et relativement intensive d’utilisation des

terres. Connue sous le nom de « Kansyoré », la céramique de ces populations

présente quelques affinités marquées avec les poteries bien plus anciennes

de la première civilisation aquatique, les poteries « à ligne sinueuse de pointillés

». Pour autant qu’on le sache, il y a longtemps que ces poteries avaient

été remplacées par d’autres dans la vallée du Nil ; il est donc peu probable

que les types « Kansyoré » n’aient été introduits dans la région du lac Victoria

qu’au premier ou second millénaire avant notre ère. La tradition aquatique

remonte à plusieurs millénaires ici comme ailleurs, mais il est plus vraisemblable

que tout ce qui est considéré comme lui appartenant ne concerne que

sa phase la plus récente, celle qui a périclité juste avant l’Age du fer.

 

 

 

2.1.64 La civilisation pastorale des Couchites (afrique ancienne de l'est à l'ouest)

En effet, tandis qu’un régime climatique plus sec s’établissait aux environs

du IIe millénaire avant notre ère, les eaux des lacs commençaient à baisser

jusqu’à atteindre, approximativement, leur niveau actuel (dans certains cas

les poissons disparurent), les forêts cédaient elles aussi du terrain, faisant

place, surtout dans la Rift Valley orientale et sur les plateaux avoisinants,

à d’excellents pâturages de montagne. Bien qu’on pût toujours pêcher sur

les rives du lac Victoria et de plusieurs autres lacs et rivières, et préserver

ainsi certains des éléments de l’ancien mode de vie aquatique, cette civilisation

avait désormais perdu sa grande continuité géographique et l’assurance

culturelle qui s’y rattachait auparavant. Dans la plus grande partie de

l’Afrique moyenne et spécialement vers son extrémité orientale, le prestige

s’attachait désormais à l’élevage : continuer à vivre près des eaux et grâce

à elles était considéré comme rétrograde et comme un signe de stagnation

intellectuelle. Ce n’était pas seulement un mode de vie archaïque ; c’était,

aux yeux des groupements pastoraux plus favorisés, barbare et impur. Les

premiers pasteurs de l’Afrique orientale se reconnaissaient non seulement à

leur langue couchitique et à l’importance qu’ils accordaient à la circoncision,

mais aussi à l’interdit dont ils frappaient le poisson.

Depuis longtemps dans cette zone de l’Afrique de l’Est où l’herbe est

de bonne qualité et pousse en quantité suffisante, épargnée en outre par la

mouche tsé-tsé et les maladies endémiques, le bétail est objet de prestige et signe de richesse ; mais il importe de comprendre que cette idéologie du

bétail est fondée sur un sens aigu des réalités économiques. Le bétail est

dispensateur de viande et, surtout, de lait.

 

Même chez les populations qui tirent de leurs champs la plus grande partie de leur alimentation, le bétail est

une importante source de protéines ainsi qu’une assurance contre les famines

qu’engendrent périodiquement la sécheresse ou d’autres fléaux. En outre, il

convient de ne pas sous-estimer le rôle important des chèvres et des moutons

qui sont généralement les principaux fournisseurs de viande des populations

qui vivent à la fois d’agriculture et d’élevage...

 

 

 

2.1.65 La civilisation Bantu, afrique ancienne

La civilisation Bantu : l’agriculture et l’utilisation du fer

Tandis que, pendant le Ier millénaire avant notre ère, le pastoralisme et le

tabou du poisson dont il était accompagné donnaient leur marque distinctive

aux Couchites dans l’une des zones de l’Afrique orientale, le travail et l’utilisation

du fer caractérisèrent les Bantu au cours du millénaire suivant. On

sait encore mal comment et d’où leur est venue cette notion : ce problème

est examiné au chapitre 21. Beaucoup plus important que cette question de

l’origine est le fait évident que les premiers Bantu dépendaient du fer et

étaient considérés comme le peuple détenteur des secrets de sa métallurgie.

Des populations plus anciennes de l’Afrique orientale n’en avaient sans

doute pas eu connaissance. Elles fabriquaient leurs outils et leurs armes à

l’aide de pierres qu’elles travaillaient selon des techniques remontant à la

plus haute Antiquité. Dans la zone couchitique, la Rift Valley orientale, par

exemple, est heureusement dotée de gisements d’une pierre exceptionnelle,

l’obsidienne (roche volcanique opaque) dont on pouvait facilement tirer

d’excellentes lames de différentes tailles propres à toutes sortes d’usages, y

compris les pointes de lance et probablement les couteaux de circoncision.

Les communautés contemporaines mais distinctes qui vivaient autour du lac

Victoria, et chez lesquelles la tradition aquatique s’était en partie conservée,

étaient moins favorisées que celles de la Rift Valley en ce qui concerne les

pierres qu’elles pouvaient utiliser ; néanmoins, elles ont réussi à fabriquer

des outillages perfectionnés à partir du quartz, du silex noir et d’autres pierres

faciles à tailler. Il en était de même, plus au sud, chez les chasseurs de la

savane. Chez toutes ces populations, le premier contact avec des étrangers

pratiquant une technologie du fer a dû causer un choc intellectuel.

L’expansion principale des Bantu fut à la fois rapide et étendue, et ne

s’est pas faite par phases progressives comme l’ont soutenu certains auteurs.

Mais ce ne fut pas davantage un vagabondage de nomades errants, ni une

entreprise de conquête militaire.

 

 

 

2.1.66 La civilisation, les nilotes (afrique ancienne)

Les Nilotes : adaptation et changement

Outre les Bantu, un autre groupe linguistique, ou plus exactement, plusieurs

séries de groupes linguistiques apparentés de loin, ont occupé une grande

partie de l’Afrique orientale pendant l’Age du fer. Ce sont les Nilotes. Si

leurs caractéristiques physiques diffèrent à bien des égards de celles des

Bantu, les Nilotes sont très nettement des Noirs. Il est cependant exact que

les populations de langue nilotique, qui ont pénétré le plus profondément à

l’est et au sud dans l’ancienne zone couchitique du Kenya et de la Tanzanie

septentrionale, ont assimilé une partie de la population « éthiopoïde » antérieure

ce qui permet d’expliquer les traits originaux des groupements

itunga, masaï, kalenjin et tatoga d’aujourd’hui, populations jadis classées

comme « Nilo-chamites ». Leur ascendance couchitique partielle se manifeste

aussi dans leur héritage culturel — mais différemment selon les groupes.

Il en est résulté de très nombreux emprunts aux langues couchitiques.

Leurs langues cependant demeurent foncièrement nilotiques13.

On ne sait rien de précis sur la proto-histoire des Nilotes. Cependant, la

répartition et les relations internes de leurs trois rameaux actuels indiquent

que leur patrie d’origine se situerait dans les basses prairies du bassin du

Haut-Nil et sur les rives de ses lacs et de ses cours d’eau. On peut imaginer

que leur apparition en tant que groupe dominant dans la branche « soudanaise

orientale » de la famille linguistique « Chari-Nil » et leurs expansions

périodiques rapides, sinon explosives, dans diverses directions, résultent de

leur adoption de l’élevage dans cette partie de l’ancienne zone aquatique,

il y a trois mille ans.

 

 

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