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L'histoire et l'afrique du nord

1.21.5.2 Les industries acheuléennes, afrique du nord

Depuis le Symposium de Burg Wartenstein (1965) et le Congrès Panafricain

de Préhistoire de Dakar (1967), on groupe sous le terme d’« Acheuléen

africain » tout le Paléolithique inférieur, ce qui correspond en Europe occidentale

à l’Abbevillien et à l’Acheuléen, mais aussi au « Clactonien » et au

« Levalloisien », si discutés l’un et l’autre.

L’Acheuléen est très abondant au Maghreb et, mises à part les stations

actuellement de surface, il se présente dans trois types de gisements assez

particuliers :

a) Les gisements en relation avec le Quaternaire littoral, continental et

même marin. C’est, en particulier, le cas du Maroc atlantique, où P. Biberson

a pu proposer une séquence acheuléenne partant des galets aménagés de

la Pebble Culture du Pré-Acheuléen et aboutissant au Paléolithique moyen

(Atérien). Pour des raisons qui relèvent de la géomorphologie littorale, l’Algérie

n’est pas aussi favorisée. Néanmoins, des « gisements » ont été signalés

sur la côte kabyle (Djidjelli) et près d’Annaba (Bône). Je ne connais pas de

gisement acheuléen de ce type sur le littoral tunisien.

b) Les gisements d’alluvions fluviatiles ou lacustres. Les premiers sont

infiniment plus rares et pauvres qu’en Europe, et leurs relations stratigraphiques

et paléontologiques sont le plus souvent très imprécises. C’est le cas de

nombre de sites marocains (Oued Mellah), et algériens : Ouzidane (près de

Tlemcen), Champlain (près de Medea), Tamda (Oued Sebaou), Mansourah

(Constantine), Clairfontaine (N. de Tebessa), S’Baïkid et surtout El-Ma El-

Abiod (S. de Tebessa) ; en Tunisie, l’Acheuléen de Redeyef (Gafsa). On ose

à peine évoquer des gisements de rives de lacs, si extraordinaires en Afrique

orientale (par exemple Olorgesailie, Kenya). Il y a bien le lac Karar (Tlemcen),

aux fouilles trop anciennes et mal conduites de M. Boule, et Aboukir

(Mostaganem), encore plus mal connu. Un seul site émerge de cette imprécision,

celui de Sidi Zin (Le Kef, Tunisie), où un niveau à hachereaux est pris

entre deux autres à bifaces, sans hachereaux. En revanche l’Acheuléen lié

aux dépôts lacustres est de règle, de la Mauritanie à la Libye.

c) Les gisements en rapport avec d’anciennes sources artésiennes.

Celles-ci semblent avoir attiré les hommes de l’Acheuléen à l’Atérien. C’est

d’abord le cas de Tit Mellil (Casablanca) et de l’Aïn Fritissa (sud d’Oujda)

au Maroc ; du « lac Karar » déjà cité, en Algérie, ainsi que Chetma (Biskra),

dont on ne sait presque rien, et surtout Ternifine (Mascara). Seul ce dernier

a fait l’objet de fouilles récentes (1954 -1956) et systématiques, confiées par

l’Algérie au professeur C. Arambourg.

 

1.21.5.3 Moustérien — Atérien, afrique du nord

En 1955, j’ai écrit que je doutais de l’existence d’un Moustérien autonome

en Afrique du Nord. Le Dr Gobert m’a sévèrement réprimandé, et il avait

raison. Ultérieurement (1965), j’ai fortement nuancé ma position première ;

mais cela ne résolvait pas le problème : il était simplement déplacé. Il y

avait à coup sûr des gisements vraiment moustériens dans le Maghreb ;

mais situés dans des conditions géographiques invraisemblables, aussi

contraires qu’il est possible à toute conception d’ethnie préhistorique : 6

gisements hors de discussion en Tunisie : Sidi-Zin (Le Kef), Aïn Mhrotta

(Kairouan), Aïn Metherchem (Dj. Chambi), Sidi Mansour de Gafsa, El-

Guettar (Gafsa), Oued Akarit (Gabès) ; un seul en Algérie : Retaïmia (vallée

du Chéliff) ; 3 au Maroc : Taforalt (Oujda), Kifan bel Ghomari (Taza),

Djebel Irhoud (Safi) ; aucun au Sahara. Or les sites pré- ou post-moustériens

se comptent par centaines. Cela ne reflète pas l’état des recherches,

car la découverte du Moustérien était une préoccupation essentielle des

préhistoriens formés en France, où il abonde ; comme d’ailleurs dans les

péninsules ibérique et italienne, dès Gibraltar, par exemple. Il y a 800 km

de Sidi Zin (Le Kef) à Retaïmia, 360 de ce site à la grotte de Taforalt, et

encore 700 pour atteindre le Dj. Irhoud. Et pourtant, il s’agit de Moustérien

parfaitement caractérisé, assimilable aux faciès européens, en particulier

à débitage Levallois. Et aux deux extrémités géographiques, nous

avons le témoignage des Hommes : les Néandertaliens du Djebel Irhoud,

et le plus ancien monument rituel connu, le « cairn » ou « Hermaion » d’El-

Guettar, dont seul le sommet émergeait de la source, à laquelle il était sans

doute consacré. Sauf à l’Oued Akarit, aucun gisement moustérien indiscutable

n’est proche du littoral. Mais où était alors le rivage du golfe de

Gabès ? Le Moustérien maghrébin n’a pu venir que de l’Est. Mais le plus

remarquable est que ce Moustérien connut très vite une évolution originale

: il s’est transformé sur place en « Atérien ». Appliquant avec rigueur

les règles de classification géologique, par « les fossiles les plus récents »,

j’avais considéré comme Atérien ces gisements à industrie du Moustérien

où se trouvait une pointe pédonculée atérienne (El-Guettar, Aïn Metherchem,

etc.).

 

 

 

1.21.5.4 Paléolithique supérieure et épipaléolithique, afrique du nord

Quels qu’aient pu être les prolongements atériens au Sahara, autre chose se

passe dans le Maghreb. Il est inutile d’écrire ici l’histoire de la démolition

des hypothèses de R. Vaufrey, qui firent autorité pendant des décennies.

Mieux vaut sans doute faire le point des connaissances actuelles. Elles s’organisent

autour de quatre idées forces :

l’Ibéromaurusien, que j’avais déjà contribué à séparer du Capsien pour des

raisons anthropologiques et palé-ethnologiques, est beaucoup plus ancien

qu’on ne le croyait. Il est contemporain du Magdalénien français, c’est donc

une civilisation du Paléolithique supérieur;

la controverse sur l’« Horizon Collignon », qui opposa R. Vaufrey au Dr

Gobert et à moi-même, est close : cette industrie à lamelles, plus proche de

l’Ibéromaurusien que du Capsien, est largement antérieure à ce dernier;

la distinction établie par R. Vaufrey d’un Capsien « typique » surmonté

d’un Capsien « supérieur », ou « évolué », cède la place à un buissonnement

des industries capsiennes, appuyé sur un très grand nombre de dates radiométriques,

qui n’emportent pas toutes l’adhésion.

le « Néolithique de tradition capsienne », créé par R. Vaufrey sur des

bases très étroites, et néanmoins étendu par lui-même à une grande partie

de l’Afrique, doit être ramené à ses dimensions originelles et céder les

immensités indûment conquises à bien d’autres faciès de la Néolithisation

africaine.

 

 

1.21.5.4.2 L’Ibéromaurusien, afrique du nord

La vieille définition de Pallary (1909), encore citée, n’est plus acceptable. Il

avait fortement mis l’accent sur la profusion d’une technique, celle du bord

abattu des lamelles, qui marquait presque tout l’outillage lithique. Il faudra

attendre les minutieuses analyses typologiques de J. Tixier pour substituer

un ensemble de formes précises à une technique globale, ce qui avait été

plus ou moins ressenti par certains préhistoriens, en particulier le Dr Gobert,

en Tunisie. La reprise des fouilles par E. Saxon dans le gisement de Tamar

Hat (corniche de Bejaïa, Algérie) a permis d’obtenir des dates isotopiques très

hautes et de mieux comprendre ces chasseurs de mouflons, habitants de grottes

littorales séparées de la mer par des marais et une plate-forme continentale

émergée, riche en coquillages. L’Ibéromaurusien est en effet une civilisation

littorale et tellienne qui, néanmoins, connaît des pénétrations continentales

dont la moins discutable est le gisement de Columnata (Tiaret, Algérie).

 

 

 

 

1.21.5.4.3 L’« Horizon Collignon » et les autres industries lamellaires pré-capsiennes, afrique du nord

Il est aujourd’hui démontré, sur des bases stratigraphiques et géomorphologiques,

que les industries sur lamelles de la Tunisie présaharienne

(Gafsa, Lalla, région des Chotts, etc.) sont antérieures à toute la série

capsienne. A Gafsa (Sidi Mansour), l’« horizon Collignon » s’intercale

dans le remblaiement alluvial ; le stade d’arrêt de la sédimentation en

milieu lagunaire est marqué par d’importantes formations gypsifères. La

sédimentation ayant repris est arrêtée par la subsidence de la cuvette de

Gafsa, qui entraîne une reprise de l’érosion. Le Capsien, typique et évolué,

occupe les paliers de cette érosion, voire les buttes témoins.

 

 

 

1.21.5.4.4 Les faciès capsiens, afrique du nord

La « série capsienne » a été la pièce maîtresse des hypothèses de R. Vaufrey

: Capsien « typique » — « supérieur » — « de tradition capsienne ».

Si cette structure simpliste est justement attaquée, en se fondant particulièrement

sur de très nombreuses dates radiométriques, il faut bien

reconnaître que la connaissance de l’ensemble n’a pas fait les progrès

attendus depuis 20 ans. La conduite des fouilles dans les « escargotières

» n’a pas encore trouvé le moyen de reconnaître les stratigraphies,

ni les structures archéologiques, à de très rares exceptions près. Aussi

longtemps que de nombreuses coupes ne permettront pas d’observer les

superpositions des divers faciès capsiens, on fondera les contemporanéités

et les séquences sur les dates C14, ce qui ne vaut jamais une bonne

stratigraphie.

 

 

 

1.21.5.4.5 Néolithisation et néolithiques, afrique du nord

La vision que l’on pouvait avoir du Néolithique en Afrique du Nord a

été, depuis 1933, ordonnée, systématisée, uniformisée par R. Vaufrey.

Son « Néolithique de tradition capsienne », qu’il étendit rapidement au

Maghreb tout entier, au Sahara et à une partie de l’Afrique sud-saharienne,

fut si généralement admise que le sigle « N.T.C. » devint d’usage courant.

Cependant, le Dr Gobert et moi-même avions exprimé de fortes réticences

sur le caractère artificiel de cette construction échafaudée par un processus

d’additions successives dont l’ensemble nous paraissait disparate.

En fait, nous n’avions pas saisi la démarche intellectuelle de R. Vaufrey.

Pourquoi avait-il pris comme site de référence le très pauvre gisement

de la Table de Jaatcha (Tunisie). Dans sa thèse (1976), G. Roubet expose

le cheminement de la pensée de R. Vaufrey. Ce n’est pas le Néolithique en

soi qui l’intéresse, il veut seulement montrer le maintien d’une « tradition

capsienne » s’atténuant progressivement à l’extrême en s’éloignant de ses

sources. Le Néolithique n’est plus ainsi qu’un épiphénomène du Capsien.

L’extension prêtée au N.T.C. va être justifiée par la greffe d’éléments

culturels considérés comme néolithiques, ce qui aboutit à une conception

« typologique » de celui-ci et ne rend pas compte de ce qui dépasse et

explique les révolutions techniques : le bouleversement du genre de vie.

En fait, on est d’autant moins parvenu à un stade néolithique de genre de

vie que la tradition capsienne est plus vivace. Et les armatures de traits,

« pointes de flèches », si abondantes au Sahara, ne font que témoigner du

prolongement d’un genre de vie de chasseurs-prédateurs qu’on ne saurait

qualifier de néolithique.

 

 

 

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